vendredi 14 novembre 2008

Prendre soin de son corps, suivi de L'Amérique, « ça c'est beau! »


Les Japonais ne semblent pas familiers avec le concept de chauffage. Bon, il
 est vrai qu'à des endroits comme Kyushu, où la température ne descends jamais vraiment en bas de 10°c en hiver, y'a pas besoin la plupart du temps, mais c'que les intérieurs peuvent être frisquets! Et moi, contrairement aux habitants de la place, je n'ai pas de pantoufles pour me réchauffer les pieds. Chez Julia, donc, ce n'est pas chaud et pour cette raison, ça dort extrêmement bien.

Je m'étais dit que je partirais à vélo vers 8h, mais j'ai fait la grasse matinée. 11h, je prends un sac de pain tranché et pars en direction de l'onsen (source thermale) que Julia m'a recommandé hier. Je le dép
asse, mais continue un peu plus loin sur la route 10 - les paysages sont franchement superbes. Au loin, je vois le Hachimensan, la « montagne à huit versants », une masse au contour étrange qui rappelle un peu celui de Ayers Rock. Je ne m'y rends pas, mais sur le chemin, je m'arrête près d'un champs de tournesol, à côté des poules, et puis en bordure d'un temple shinto près d'un étang artificiel.

Sur le retour, fourbu, je vais à l'onsen (Taiheiraku). Ma première fois! Alors on commence par se dévêtir au vestiaire et par prendre une douche pour se laver complètement. On passe ensuite aux bains qui ont chacun une température différente ainsi que des minéraux différents. 
Une douche pour enlever les minéraux et c'est le sauna, suivi d'un bain d'eau glacée (quand on ne sent plus les pieds, c'est le temps de sortir). Très agréable, mais si je dois avouer avoir eu une petite réticence à me foutre à poil en public. J'ai pas eu vraiment le choix! Comme je n'avais pas ma serviette, ils m'en ont prêté une qui était plus près d'une débarbouillette. Mais je dois dire que lorsque l'on s'habitue à la nudité complète en public, ça a quelque chose de libérateur et de pas désagréable du tout.

En soirée, j'accompagne Julia à son restaurant favori, où l'on peut prendre des petits plats à partager ainsi que des brochettes (j'essaie l' « horumon » - hormone -, intestin de porc). Matthew vient nous rej
oindre à la fin du repas. Lui aussi est un Australien enseignant l'anglais. Nous passons au deuxième arrêt, un petit bar à l'occidentale, style lounge avec ambiance feutrée. La spécialité de l'endroit est un espèce de poulet frit style kentucky, mais avec une saveur plus citronnée. Gras, fondant, salé, délicieux. Allez, un petit whisky pour faire descendre le gras.

Troisième arrêt, le pub karaoké. En comptant le barman, nous sommes sept dans le bar. Il y a nous trois, une fille sur son ordinateur portable assise au bar et deux buisnessman venus terminer leur journée 
ici. On chante un peu, je fais mes tounes faciles question d'avoir le meilleur pointage possible. Pourquoi? Ben parce qu'après avoir fait la chanson, la photo d'une fille apparaît à l'écran et plus on a été bon, plus elle se dénude. On ne verra qu'une paire de boules de toute la soirée. Quelle déception!

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Se rendre à Sasebo, prochaine destination, à partir de Nakatsu, c'est pas de la tarte. Il faut pour ainsi dire traverser Kyushu d'est en ouest. En tout, cinq heures de route. J'arrive à la station vers 20h, donne un coup de fil à Megan, mon hôte et elle me dit qu'elle peut venir me chercher une fois son film terminé. Je m'achète un muffin géant et l'attend.

Elle se pointe avec son copain, un trappu tatoué du nom de Marcus. Ils me disent qu'avant de retourner à la maison, ils doivent faire un détour par la base. La base? Quelle base? La base de quoi, de qui? La base militaire américaine, car Megan et Marcus, les M&Ms, travaillent tous deux pour l'armée américaine. Les États-Unis ont en effet un pied à terre à Sasebo à partir duquel ils effectuent des missions humanitaires en Asie du sud-est. Pour une quinzaine de minutes, donc, je suis en territoire américain! Là, tout fonctionne en dollar US, on y trouve des produits américains, des Taco Bell, etc, etc. À la base, il y a l'équipe de veilleurs de nuits, habillés en camouflage et sur les murs, des papiers officiels de l'armée américaine. Tu parles si j'avais pensé de me retrouver ici!

Nous allons chez Marcus, où habite aussi Megan. C'est une maison à l'occidentale et je me vois offrir une chambre toute à moi, super! Marcus m'invite aussi à boire autant d'Heineken qu'il me plaira parce que, voilà, il n'aime pas vraiment le goût. Je me mets au lit assez tôt et profite de ce moment de répit pour écouter un DVD sur mon ordinateur, un petit divertissement qu'on a pas souvent l'occasion de se permettre.

Ok, ciao! Désolé pour le style et les fautes, je suis très pressé, mais en même temps je ne voulais pas vous laisser sans infos trop longtemps!

P.S. J'ai mis à jour quelques anciennes entrées en ajoutant des photos.. Si ça vous dit, j'en ai mis de nouvelles à partir de « Hérésie au quartier de l'eau de thé ».

mardi 11 novembre 2008

Festin et Kyushu champêtre


Désolé, les entrées sont de plus en plus espacées. Vous comprendrez sûrement pourquoi - les déplacements deviennent plus fréquents, les journées sont plus chargées qu'elles ne l'étaient à Tokyo. Il faut sans cesse s'habituer à un nouvel environnement... Super!

La dernière fois que je vous ai laissés, je retournais chez Shohei afin d'y remplir mon nouveau calepin et de commencer la planification du reste du voyage. Shohei n'est pas rentré ce soir là, tout simplement parce qu'il travaillait toute la nuit dans un hôtel. Je l'entends donc rentrer vers 11h le lendemain. Pour le laisser dormir, je quitte tout de suite l'appartement sans de plan trop précis. D'abord, un lunch minute acheté à l'épicerie (une saucisse bâton, une patate crémeuse et une pomme, si vous tenez à le savoir) et je regarde ce qu'il y a autour de moi.

Shohei ne vit pas dans le centre d'Osaka. Pour se rendre à la station Umeda, située dans le coeur de la ville, il faut prendre un bus pendant 30 minutes, puis le train pour un autre 30 minutes. Le coin de Shohei, c'est mi-urbain, mi-rural; pas trop loin, il y a l'université d'Osaka. De l'autre côté, des collines. Je me demande s'il y a moyen d'y aller... Je marche un peu et vois une route qui semble s'y rendre. Sur le chemin, je m'arrête à un temple de montagne complètement désert, probablement parce qu'on est lundi. Je continue et la route se transforme en sentier.. pourquoi pas.

Alors je marche, je grimpe, pas trop loin il y a un hermite de montagne qui écoute la radio en contemplant le panorama urbain tout en bas. Le sentier s'arrête net, mais il semble y avoir quelque chose juste derrière les arbres. Je m'enfonce un peu plus et vois une espèce d'aire déserte avec deux ou trois bâtiments. Plus loin, sur la route, je réalise que je suis en plein milieu de nulle part et que je ne suis peut-être pas supposé être là. Mais le paysage est vraiment chouette, avec des routes qui serpentent au travers des collines. Je rentre.

Pour le souper, moi et Shohei sommes invités chez la tante de ce dernier. On arrête avant-tout acheter quelques fruits pour les remercier et nous voici arrivés chez eux. Au menu, du shabu-shabu, un espèce de bouilli hivernal. D'abord, un filet de poisson en sashimi, puis de petites fritures de poisson et le shabu-shabu peut commencer. Dans un chaudron disposé au centre de la table mijote un bouillon dans lequel chacun fait cuire, à la manière d'une fondue, des tranches de boeuf et de porc, des légumes, du tofu. L'aliment cuit est ensuite déposé dans un bol contenant de la sauce. Un vrai festin. Et avec des onigiri maisons en plus!

La tante de Shohei me demande où je veux aller au Japon. Je lui dis que demain, je pars pour Kyushu, mais qu'après je voulais aller voir les Alpes japonaises. Avant de monter au nord, je lui dis, je veux m'acheter au moins une tuque, un foulard et une paire de gants pour ne pas mourir de froid. Elle acquiesce et disparaît un instant et reviens quelques cinq minutes plus tard les bras chargés de vêtements. Elle veut me faire essayer un chandail, un foulard, des gants. Évidemment, je suis mal à l'aise et je demande à Shohei si c'est correct de me prêter à l'exercice. Il me répond que oui, n'y a pas de problème. Ce sont de vieux vêtements qui ne servent plus. Au final, je reçois un manteau, un foulard et une paire de gants. Ça me gène d'accepter tout ça, d'autant plus que je viens de manger comme un ogre, mais avec des finances serrées et une volonté d'en voir le plus possible, je pile sur mon orgueil et remercie de tout coeur mes hôtes si généreux.

Le ventre plein, heureux, nous retournons, moi et Shohei, à son appartement. Il est 21h environ... comment s'occuper le reste de la soirée? À la bière, voyons! Nous passons donc une merveilleuse soirée à nous enivrer en écoutant de la musique.

Le lendemain, je le consacre aux derniers préparatifs. Prise des messages, requêtes pour du couchsurfing (c'est vraiment pas évident magasiner les hôtes ici! Il y en a très peu et n'habite presque jamais sur la ville que je veux visiter). Je rencontre Shohei à la station Umeda à 18h pour les « au revoir », plus difficiles que jamais. On s'attache vraiment à rester 5 jours avec la même personne. Un amateur de jazz, j'invite Shohei à venir à Montréal l'été prochain pour le festival, on se promet toutes sortes de choses, mais c'est finalement l'heure pour la dernière accolade et le grand départ.

Je prends le traversier à Nanko, le port du sud. Destination? Kitakyushu, ville au nord de Kyushu, l'une des 4 îles principales du Japon, sa plus méridionale. Le traversier est un peu plus gros que celui pour Ohshima étant donné qu'il prend à son bord voitures et camions. Nous ne sommes que deux dans la cabine deuxième classe, deux sur une possibilité d'environ une vingtaine. À 7h du matin, je sors sur le pont observer la soleil se lever et illuminer la silhouette des montagnes à l'horizon et j'ai une pensée pour vous, au Québec, à Montréal, à 18h, après le boulot, l'université, etc.

Arrivée au port de Shinmoji (après une traversée de 12 heures), je dois prendre une navette gratuite pour la gare de Kokura. Là, c'est direct dans le train pour Nakatsu, une petite ville côtière en direction de Usa et Beppu, sur la côte nord de l'île. J'ai rendez-vous avec Julia, ma première hôtesse (!) à 13h, et je suis un bon 3h en avance. Je décide donc, malgré mes bagages, d'essayer de me rendre jusqu'à la mer, juste pour voir. Sur le chemin, je donne un de mes sablés au beurre à un chat qui le bouffe volontiers. Le temps d'aller jusqu'à la mer et de revenir, je n'en ai plus que pour une demi-heure à attendre Julia.

Paf, elle est là. 23 ans, une Australienne, toute chic dans un petit tailleur. C'est qu'elle est en pause de lunch - elle travaille comme prof de langue dans une école du coin dans le cadre du programme JET. Elle me donne un lift dans sa petite voiture et m'amène chez elle, plus loin dans la montagne. Très cool la place. Elle y vit seul et c'est sur deux étages, avec un salon, une cuisine, une salle de bain, une toilette, deux chambres. C'est dans le style japonais, mais on est loin des intérieurs exigus visités précédemment! Un petit tour du propriétaire et la voilà repartie pour les cours de l'après-midi. Je prends une douche vite fait et vais faire un tour de vélo dans les environs. Fantastique. La rase campagne. C'est vallonneux, verdoyant, ça sent l'automne. Y'a rien à foutre à Nakatsu, mais je crois que je vais adorer.

Ce soir, je bouffe avec Julia. Vers 20h, elle est supposée m'amener à son cours de tambour traditionnel japonais (désolé, je ne me rappelle plus du nom.. c'que j'me sens cruche!).

Et vous, quoi de neuf?

Mot(s) du jour :  inaka (campagne), jitensha (vélo), obasan (tante)

dimanche 9 novembre 2008

Ashiya et Amagasaki : Deux jours dulls dans deux villes dulls


Je ne m'attendais pas à grand-chose et c'est ce que j'ai eu. Hier, je voulais aller à Ashiya. Pour le commun des mortels, la ville n'a rien de spécial. Pour moi, cependant, elle possède un attrait particulier en lien direct avec mes recherches universitaires. C'est là, à l'été 1955, qu'a eu lieu l'« Exposition en plein air comme défi au soleil de plein été » du groupe d'avant-garde Gutai. On peut encore se promener là où l'exposition a été tenue, c'est-à-dire dans un parc peuplé de grands pins. Évidemment, l'endroit ne garde aucune trace de l'exposition maintenant légendaire - j'essaie de m'imaginer comment c'était pendant qu'une gang de détendus se font une partie de pétanque. Un peu plus loin, on peut visiter le Musée d'art et d'histoire de la ville d'Ashiya. Une salle seulement est consacrée à l'exposition, ce qui est un peu décevant. Le soir, je raconte mes aventures à Shoei. Pour maintenir son attention, je lui paie une canette d'un litre de bière Kirin.

Le lendemain, aujourd'hui, j'emprunte sensiblement le même chemin, car je veux aller à Amagasaki, ville natale de Shiraga Kazuo. Je ne pensais vraiment pas que c'était si près d'Osaka - à peine cinq minutes en train. Aussi bien dire que c'est en banlieue. Paraît qu'il y a un château vieux de quelques centaines d'années, mais je ne l'ai pas vu, même en regardant sur la carte. La ville n'a rien de particulier, ça ressemble à n'importe quoi. Je marche le long d'une avenue moche comme tout lorsque je croise un visage pâle, un occidental. Il me sourit, puis m'apostrophe : « Brazil? »
- Euh, no, Canada.

Il pointe un drapeau canadien accroché sur l'espèce de tricycle couvert qu'il pousse. Je réponds : « Aaa, Canada! »
- My name is Jean, qu'il me dit.
- Jean.. Québec?
- Oui, Montréal.
- Eh beh, moé itou!

Ahla, le premier Québécois que je croise et fallait que ça soit ici, en plein milieu de nulle part par un dimanche tout gris. Je lui demande ce qu'il fait à Amagasaki. Mais il n'a pas l'air de savoir exactement ce qu'est Amagasaki. Il me dit qu'il fait le tour du monde à pieds. Ah ben, ça c'est intéressant! On bavarde un peu et il me révèle qu'il est parti de Montréal il y a huit ans, laissant tout derrière lui. Il marche pour une cause en fait, il marche pour la « promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde » (vous pouvez vous renseigner sur sa démarche à http://www.wwwalk.org). En tout, un voyage de douze ans qui le mène sur tous les continents. Moi qui me pensais hot (c'est ça le mot qui manquait!) à partir 3 mois seuls au Japon, ça me fait me sentir pépère. On immortalise la rencontre en prenant quelques photos, une poignée de main bien sentie et on repart chacun dans une direction opposée. Gambatte kudasai, Jean, bonne chance.

Avant de quitter Amagasaki, je vois un Carrefour, une chaîne française de magasins grande surface. Je vais m'y balader; ça fait tout drôle de voir des affiches en français, des drapeaux. Ils misent à la fois sur le gros et sur l'exotisme. J'ai pu y goûter du fromage bleu! Pas de la grosse qualité, mais quand ça fait si longtemps qu'on a pas mangé de fromage, ça fait un bien immense. De retour à Osaka, je mange un gyûdon (lamelles de boeuf et riz) en teishoku (menu à prix fixe avec accompagnements) près de la gare d'Umeda. Après, je vais voir du côté de Shinsaibashi, une recommandation de Shoei. Il m'avait suggéré d'aller voir un magasin, alors je m'apprête à sortir mon calepin pour voir c'était quoi et je m'aperçois qu'il n'y est plus... Arg, j'ai dû le laisser là où j'ai rencontré Jean. Mer-deuh, c'est embêtant, j'avais tout mon itinéraire là-dedans, plus mon budget... Tout dépité (mais qu'est-ce que j'ai ces temps-ci à tout perdre et oublier?), je rentre à la maison. Sur le chemin, je m'achète un autre calepin que je m'amuserai à remplir toute la soirée.

Mot du jour : aru(ku) = marcher

vendredi 7 novembre 2008

Distraction fatale


Non, ce n'est pas le titre du film qui va passer à TQS cet après-midi. Faudrait plutôt y voir une tentative de dramatisation, ou d'accroissement du sensationnalisme, des titres des entrées de blogue, tel que le souhaitait ma chère soeurette. N'empêche que, il y a bel et bien eu une distraction et il s'en est fallu de peu qu'elle soit réellement fatale... ou disons, très incommodante.

Je quitte Kyoto jeudi, dis au revoir à Sho et Wataru. Avant de partir pour de bon, je fais un détour par le Kyotokokuritsuhakubutsukan. Pour faire plus court, il s'agit du Musée National de Kyoto. Au programme, des poteries Jomon, des sculptures bouddhistes de la période Heian, une bande dessinée datant du shogunat de Kamakura, de la calligraphie, des sabres. Classique, mais super bien et particulièrement intéressant lorsque l'on se retrouve dans le contexte. Je reprends mon sac et prends une marche vers la station Shijo, où je dois prendre la Hankyu Line vers Osaka.

Pas un gros périple : le ticket coûte environ 5 piastres et ça prend 45 minutes pour me rendre à l'autre bout de la ville. Incluant un transfert. Ah, ce transfert.. Station Awaji. Je sors du train, monte un escalier pour me rendre au bon quai et j'entends quelque chose tomber, un bruit sourd. Je m'arrête net, me retourne brièvement, regarde au sol, mais ne voit rien. Bah, on entend beaucoup de choses dans une station japonaise, c'est sûrement autre chose. J'oublie l'incident et me rends prestement à Kita-senri, là où j'ai rendez-vous avec Murakami Shoei à 19h.

Shoei arrive comme convenu, il est un peu enrhumé, mais quand même super enthousiaste à l'idée de m'héberger. Il est venu en scooter à la gare et me dit de prendre l'autobus pour qu'on se rencontre au terminal. Eh bien, pas très central son logement! Une vingtaine de minutes d'autobus et j'y suis. Il vit dans un un et demi, petit, mais fonctionnel. On s'ouvre quelques canettes et on jase dans la soirée.

Je m'apprête à aller explorer Osaka le lendemain matin. Je prépare mon bon veston : le portefeuille dans la poche intérieure gauche, le iPod juste en-dessous, le calepin dans la poche intérieure droite, le passeport aussi juste au cas, la caméra dans la poche dro... la caméra? Ah ouais, c'est vrai, je me souviens, je l'avais mise dans son étui, savamment accroché au sac de voyage. Bon voyons voir... Ben? Où est l'étui? Ben... merde... merde... MERDE. L'étui n'y est plus, il a dû se décrocher à un certain moment la veille. Ok, faut garder son sang-froid.

Je reprends l'autobus et demande au chauffeur s'il y a un service d'objets perdus. Il me tend un papier et me dis d'appeler ce numéro. Appeler? Et s'ils ne parlent pas anglais? Bah. Kita-senri, je vais au comptoir d'information et demande encore pour les objets perdus. La bonne femme me demande de décrire la chose. Exception faite du stress du moment, ça fait un bon exercice de japonaise. Bon, c'est une caméra grise, dans un étui noir, une Canon Powershot perdue hier soir à Awaji probablement. Elle fait quelques recherches et me montre un bout de papier sur lequel il est écrit Canon/19:05. Ah ouais, c'est probablement ça!

La bonne femme m'envoie à la station Umeda, là où il y a le comptoir principal des objets perdus. Là, je leur donne le numéro de référence de l'objet, remplis un formulaire et voilà! Elle est là! Intacte! Pour un soulagement c'en est tout un... Qu'on se le tienne pour dit, les Japonais sont honnêtes, très honnêtes. Mais quand même, j'ai appris ma leçon et je tâcherai de faire plus attention lors de mes déplacements.

L'après-midi, je visite le château d'Osaka, grosse structure maintes fois incendiée et reconstruite. De l'extérieur, ça a plutôt fière allure, mais l'intérieur est assez nul. Ils ont fait un musée qui est assez intéressant, mais qui ne tente en rien de reconstituer l'atmosphère de l'époque. Bah, quand même de belles vues sur la ville à partir de l'étage supérieur. Je retourne près d'Umeda, où la ressemblance avec les quartiers chauds de Tokyo est frappante : des restaurants partout, des arcades, des clubs de Pachinko. Je suis tenté par les odeurs, je me boufferais bien un petit katsudon (lamelles de porc sur riz), mais je ne peux pas - je vais au resto avec Shoei ce soir. Inspiré par les arcades, je vais dans un magasin de livres, DVD et jeux vidéos et joue gratuitement à Devil May Cry 4. Y'a quelque chose d'hyper satisfaisant à découper des zombies avec une longue épée.

Comme la veille, je rencontre Shoei à Kita-senri. Il m'amène dans un petit resto à l'intérieur de la station. Nous arrivons à 19h30 et la place est vide. Il me dit que c'est un genre de resto fréquenté par les vieux, quelque chose de traditionnel et de typique. Très particulier comme endroit : il n'y a pas de menu, tout ce qu'il y a à payer, c'est 2,500¥ et on a accès à absolument tout. La bière, par exemple, est en libre service - on se lève, et on va remplir sa choppe au fût. Le resto est tenu par le propriétaire seulement, une sorte de bouffon qui n'hésite pas à danser ou faire des gags pour divertir sa clientèle. Alors comme je dis, on n'a qu'à s'asseoir et le proprio fait le reste. Il nous amène l'entrée : une généreuse portion de thon cru extra frais et un morceau de porc frit bien tendre et gras. Après, il amène le petit four au charbon avec sur la grille une sélection de poisson : éperlans, calmar, poulpe, saumon et autres. Ensuite, une montagne de viandes, des bouts de poireaux, des tranches de maïs, une salade coréenne pour accompagner, des fèves salées pour la bière. Entre-temps, l'endroit se remplit, mais pas de vieux habitués comme Shoei me l'avait dit, mais plutôt d'étudiants. Bien vite, la bière aidant, tout le monde se met à socialiser pendant que le proprio prépare sa 'finale'. Il nous demande si on est prêt. Euh, oui. Il dit de nous mettre en position de réception. Ok, je suis prêt! Il se met à lancer des nigiri géants qu'il vient tout juste de confectionner. Wah, je suis plein - trop de nourriture, trop d'alcool! Il est 11h et c'est l'heure de la fermeture. Chacun a le droit de se prendre une glace dans le congélateur tout près de la sortie. Heureux, on attrape le dernier bus et on retourne chez Shoei boire une dernière bière afin de clore dignement cette soirée fantastique.

Mot du jour : wasuremono (objet oublié/perdu)
Ce que j'ai appris : Le chiffre d'affaire d'Osaka est un peu plus gros que celui de l'Australie. Mais ce n'est que la troisième ville en importance au Japon, derrière Tokyo et Yokohama. Ish.

mercredi 5 novembre 2008

Biches renversantes de Nara, splendeur automnale au Mont Hiei


Le roi est mort, vive le roi? Pendant que tout le monde salue l`election d`Obama, moi j`ai une petite pensee pour Bush et je dis ! Kin, aucune gentillesse, aucune politesse, scram pis qu`on ne revoie plus ta face de singe dans les parages. Bon, pas de politique aujourd`hui, je veux vous parler des belles affaires que j`ai vues, faites, bouffees, entendues, etc, etc. Comme pour la derniere fois, je ne ferai pas dans le detail et la fioriture. Je ne tape pas sur mon ordinateur, j`emprunte temporairement celui de Sho qui est a peu pres aussi gros qu`une calculatrice.

Hier, Nara etait au programme. Maintenant une ville de dimensions moyennes, Nara a ete la premiere capitale fixe du Japon. Pour faire un petit cours d`histoire, les Japonais pensaient autrefois que la mort de l`Empereur, divinite selon la croyance shinto, souillait irremediablement la ville. Le centre politique du pays se deplacait donc constamment. L`importation du bouddhisme via la Coree vers le huitieme siecle a contribue a changer cette mentalite et c`est ainsi que Nara devint la premiere capitale du Japon. Ce qu`il en reste surtout, c`est des temples, parmi les plus connus de l`archipel (les plus anciens aussi) et aussi une statue gigantesque du Bouddha.

Sho doit partir a Osaka assez tot, je me reveille en meme temps. Dans le train, je rattrape un peu mon sommeil. Je dois vous dire, hier ce n`etait pas du couchsurfing... techniquement, c`etait du floorsurfing. Ca fait l`affaire, mais les nuits sont courtes. Nara, donc. Les temples sont pour la plupart situes dans le parc de Nara, ce qui simplifie les choses. Il y a des cerfs apprivoises un peu partout. Au debut, ca fait assez special. Plus tard, ca devient un peu triste. Ils sont si apprivoises les pauvres qu`ils ne bougent pas trop, ils attendent seulement que quelqu`un leur offre de la nourriture. J`ai vu le gros Bouddha, qui reside dans la plus grande structure en bois du monde. Impressionnant, non? Eh bien, figurez-vous que le batiment n`est qu`une reconstruction aux deux tiers de la chose originale!

Je fais quelques autres temples et sors du parc pour me denicher un lunch dans un combini. Un onigiri, un sandwich aux patates et un lait de fraise plus tard et je me retrouve sur le sentier de montagne derriere le parc aux temples. Evidemment tres tranquille, on peut y voir des gravures dans la pierre datant du treizieme siecle. Sans rien enlever au circuit principal, ce sont ces petites apparitions imprevues qui justifient le deplacement. Un etang abandonne, plat, une montee, d`autres reliefs bouddhiques, une chute dissimulee, toute pour moi et puis des cerfs, sauvages. Lorsque je reviens, le soleil tombe sur Nara, les temples commencent a s`illuminer et une femme se fait renverser par un cerf devenu comme fou.

Les jambes en compote, je flane un peu. Je m`arrete dans une Zone Sega, pleine de jeux videos. Gab, si tu lis ce message, j`ai essaye de te gagner un theremin avec un genre de candy crane, mais j`ai echoue par deux fois... En soiree, je ramene un 'roppon' (caisse de 6) et je fais la conversation avec Wataru, jeune frere de Sho qui ne parle que quelques mots d`anglais. Sho arrive vers 21h30.

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Ma deuxieme nuit est un peu mieux. Je me suis arrange pour avoir moins froid et j`ai pu etirer mon sommeil un peu. Je fais mon lavage et vais rejoindre Sho a son boulot. Il travaille a temps partiel dans un magasin de vetements du cote de Teramachi. Je voulais m`acheter une tuque, mais ne trouve rien de particulierement seyant.

Direction Mont Hiei, montagne sacree aux abords du lac Biwa. Je commence l`ascension en debut d`apres-midi en bouffant des croustilles de poulpe en sauce. Ca grimpe, ca grimpe. Finalement, ca y est, le temple Enryakuji, chef-lieu de l`ecole Tendai. Mis a part les qualites esthetiques intrinseques de l`endroit, la visite m`est d`un interet tout particulier parce que Shiraga Kazuo, sujet de mon memoire, y est devenu moine. N`empeche que, malgre mon parti pris, le temple etait vraiment superbe, d`une part par sa situation - sur le flanc du Mont Hiei, a l`ombre d`une foret de pins geants et de feuillus multicolores, avec une pins vue imprenable sur les eaux claires du lac Biwa - et d`autre part par la repartition de ses ailes et pavillons. Et ca, ce n`est que visuellement. Le Enryaku-ji s`entend aussi, par ses jardins muets qui, parait-il, s`ecoutent avec l`esprit et par sa lourde cloche de bronze qu`il est possible de sonner. Un lourd *Dong* suivi du vide et l`echo qui revient tout en vibrations.

J`avais pense redescendre en telepherique (merde, comment ca s`ecrit!), mais je ressens une fois de plus l`appel de la nature. Le chemin du retour est plus perilleux que l`aller, surtout que le soleil tombe et que je suis sur la face ouest du mont. Disons aussi que la voie est hors des sentiers battus; je le realise surtout lorsque je debouche sur un terrain de baseball et que le chemin se termine entre le vestiaire des joueurs et la cloture longeant le terrain.

J`espere avoir pu vous communiquer partiellement les evenements des derniers jours, mais comme on dit, une image vaut mille mots et je suis presentement dans l`impossibilite de vous transmettre les photos... Ca viendra, faut garder espoir. Au pire on s`achete une caisse de 24 pis 3 sac de doritos pis on se tape le diaporama au retour?

Mot du jour : shika (cerf)
Mot du jour (bonus) : kakusama (client+forme de politesse)

lundi 3 novembre 2008

La turbulence des derniers jours


Vous aurez certainement pu deviner que ces derniers jours ont ete assez occupes. De l`incertitude, de l`inconfort, des hasards, de l`innatendu. L`aventure, quoi. Malheureusement, je ne suis pas en mesure de dignifier ces quelques jours d`actions et de peripeties d`une entree adequate. Plus on ecrit, moins on a le temps de sortir prendre l`air, mais plus on vit, moins on a le temps des longs resumes et des descriptions qui n`en finissent plus. Alors voici en forme telegraphique les principaux evenements des derniers jours :

Samedi matin: c`est officiel, mon premier hote m`a laisse tomber. Resigne, je demande au receptionniste du J-Hoppers s`ils ontde la place ce soir. Niet. Je prends mon pack-sack et pars en quete d`herbegement. Tout est complet, partout. No vacancy. Une gentille serveuse au Gojo Guesthouse me suggere d`essayer la Uno House, mais que c`est un peu crade. Bah, a ce point ci. J`appelle, ils ont de la place, j`y vais.

Samedi apres-midi: je depose mes sacs et vais dans le parc des jardins imperiaux, tout pres de la Uno House. Des gens attendent derriere une corde. Je demande a un gardien pourquoi ils attendent. Il me dit que l`empereur devrait passer dans une heure. L`empereur? Ok, je prends une des meilleures places et j`attends moi aussi. Hourra, j`ai l`empereur en photo! La premiere fois que je vois un dieu devant moi, en chair et en os. Reviens a la Uno House pour souper.

Samedi soir: jase avec un Israelien d`origine ukrainienne. Le soir, on va se balader pres de Gion et dans les coins plus animes de la ville. Une quarantaine de personnes chantent dans la riviere, l`eau aux genoux. On va manger des vrais ramen. Delicieux. Valery, l`Israelien, s`achete une bouteille de sake qu`on se boit en escale dans differents petits temples. De retour au dortoir, mes co-chambreurs se font une petite soiree qui se termine a 2h+.

Dimanche matin: petit-dejeuner avec les chocolats que moi et Valery avons trouve trainant sur le sol a Gion (tout emballes). Puis, le bus jusqu`aux temples du Daitoku-ji. Temples, jardins Zen, etc. Apres, c`est le Pavillon d`Or. Tres joli, beaucoup de visiteurs pour l`admirer. Et des friandises en degustation.

Dimanche soir: autre sortie avec Valery, au Pavillon d`Argent via le chemin des philosophes. Super bien.

Lundi matin: rendez-vous avec Sho. Je m`achete un meronpan (melon pan) pour dejeuner. En traversant le pont, un milan (oiseau de proie) me l`arrache des mains. 10h10, je ne suis pas a la bonne station. Taxi. Sho est toujours la, super.

Lundi apres-midi. Kiyomizudera, le temple de l`eau pure, un cimetiere a flanc de montagne et retour par des arcades commerciales. Me bouffe un excellent katsudon avec le theme d`Evangelion en musique de fond.

Demain, Nara.

Mot du jour: boken (aventure).

vendredi 31 octobre 2008

Incertitude


Quelle bonne nuit de sommeil, dans un confort mes amis.. ah! Je regarde mes courriels en prenant mon café et remarque que je n'ai toujours pas reçu de nouvelles de mon premier hôte à Kyoto, celui qui est supposé m'héberger dès ce soir. Je lui ré-écris en lui disant d'appeler à l'auberge, qu'ils prendraient le message et que je viendrais m'informer plus tard en après-midi. Ça ne regarde pas bien, mais on verra ce qui en sera. Je me ramasse un petit-déjeuner au supermarché et commence à marcher vers l'est. Détour par Toji, le « temple de l'est », là où il y aura un marché aux puces dimanche. Beau complexe, belle pagode, chapeau. Marche vers Nishi Onganji, qui n'est pas un temple comme je le croyais, mais une université. Encore un peu plus loin, au nord, le château de Nijo, sorte de base vouée à la défense du palais impérial pas trop loin. Chouette intérieur, des planchers qui grincent pour prévenir de l'approche d'un intrus ou d'un espion, des panneaux peints par des artistes de l'école Kano (dix-septième siècle), des jardins - tout ce qu'il faut, bref, pour être heureux. Un dernier arrêt avant de revenir au J-Hoppers : le Musée International du Manga. Drôle d'endroit. Un peu entre un musée traditionnel, une salle de lecture, un lieu de rencontre, une archive. Il y avait même une section consacrée à la bande dessinée francophone, laquelle allait quand même dans le détail. Plus intéressant que le Musée de la BD à Bruxelles. Je reviens à l'auberge où je m'attends à avoir eu des nouvelles concernant mon hébergement de ce soir. Niet. Allez, une nuit de plus au J-Hoppers. Et l'autre, que le diable l'emporte. Je bouffe et discute avec Eva, une Néerlandaise. Elle veut aller au même endroit où je suis allé hier, au parc à torii. De nuit, ça doit être plutôt bien qu'on se dit. On y va avec une Espagnole, super fine même si j'ai oublié de lui demander son nom (et vice-versa). Du haut de la colline, on se tape une super belle vue de Kyoto by night. Beaucoup d'effort, mais ça en vaut la peine.

Vers minuit, je prends mes courriels, il a répondu : « Mon numéro de téléphone est sur mon profil (il ne l'est pas, j'ai vérifié par deux fois) et je croyais que tu m'appellerais. Pour l'hébergement, je suis désolé, mais j'ai prévu autre chose. » Hein? Prévu autre chose? J'avais pourtant confirmer avec lui.. Lui et Kei.. j'espère que ce n'est pas représentatif du degré général de fiabilité des Japonais.

Mot du jour : yoru (nuit)

P.S. Désolé pour l'orthographe et la qualité de l'entrée, j'ai dû faire ça en vitesse. Pour me faire pardonner, une photo bonus. Moi et le Mont Fuji.